Strict Standards: Only variables should be passed by reference in /homepages/17/d317261532/htdocs/webelan/config/ecran_securite.php on line 283
Les Éditions de L'Élan vert - Véronique Massenot et « La Grande Vague »
Accueil > Zoom sur.. > Véronique Massenot et « La Grande Vague »

Véronique Massenot et « La Grande Vague »

PNG - 22 ko
JPEG - 55.2 ko

Interview extrait du cahier pédagogique édité par le CRDP
de l’Académie d’Aix-Marseille.

Véronique Massenot est une femme très active, adorant
les cultures de tout pays. Les voyages font partie intégrante de sa vie et de sa manière d’être. Lire et écrire sont aussi des aventures vers d’autres mondes car pour elle, l’imagination nous porte et nous amène où l’on veut. Alors qu’elle a une maîtrise en histoire de l’Art, plusieurs chemins s’ouvrent devant elle qui hésite entre archéologue, restauratrice de tableaux ou même médiéviste. Elle deviendra ce qu’elle veut vraiment être, écrivain, et publiera des romans. Plus tard, elle se consacrera aux plus jeunes enfants avec des livres illustrés. Elle écrit aussi pour des revues enfantines. Témoigne de sa création littéraire et de l’amour des enfants son propre site : http://massenot.chez-alice.fr/

JPEG - 112.4 ko

Pourquoi avoir choisi Hokusai
et sa " Grande vague" ?
Cela a-t-il été motivant
de se plonger dans le monde asiatique duquel on n’est pas forcément proches ?

J’aime cette estampe depuis toujours : je suis une grande admiratrice de l’art asiatique, japonais en particulier. Je ne connaissais pas Hokusai de manière approfondie, ni son travail, ni sa vie. Ce fut un vrai bonheur pour moi que de pouvoir me plonger - c’est le mot qui convient ! - dans cette “grande vague” de culture japonaise. À croire que le choix de cette œuvre était un prétexte pour le faire enfin !

Comment l’histoire de Naoki est-elle née ? On connaît
le monde asiatique emprunt
de légendes et traditions,
mais pourquoi l’idée
de la naissance des fonds marins, la mère évoquée par la mer ?

L’histoire de Naoki est née en plusieurs temps. J’aurais pu écrire une histoire plutôt centrée sur l’idée de tsunami. Mais, en me documentant sur "La Grande Vague" et tout ce qu’elle véhicule de symbolique, notamment dans sa composition en yin et yang, j’ai préféré partir sur une autre piste : le mystère de la naissance, la création, la vie elle- même.
Bien sûr, la mer évoque la mère d’autant qu’au Japon, l’eau est considérée comme l’élément (féminin) premier, source vitale et originelle qui s’allie à la terre (élément masculin représenté ici par le mont Fuji) pour engendrer le monde des hommes.
Ensuite, je me suis inspirée de deux légendes. La première, venue de Chine et adoptée par le Japon, raconte l’histoire d’une petite carpe méritante qui, à force de courage, accède au ciel, demeure des dieux, en se transformant en dragon. La deuxième est plus spécifiquement japonaise et concerne un enfant miraculeusement fort, appelé Kintaro, parfois considéré comme orphelin (ou né de l’union d’un dragon rouge et d’une montagne !) et que l’on a représenté souvent chevauchant un poisson géant. Mon intention était de rendre hommage à la culture asiatique, tout en jouant de la symbolique universelle, presque psychanalytique, de la métamorphose. Koï Nobori, la fête des enfants, incarne d’ailleurs très ouvertement cette symbolique : l’enfant est une petite carpe qui doit grandir et, comme l’espère tout parent, se muer un jour en dragon (animal fantastique, synonyme de puissance et totalement positif dans l’imaginaire oriental) c’est-à-dire en adulte. J’ai tenté d’aborder, par ce biais, la difficulté de grandir et les tourments qu’éprouvent certains enfants, notamment adoptés, au sujet de leurs origines, de leurs antécédents familiaux, de leur filiation réelle…

JPEG - 177 ko

Pourquoi le héros est-il masculin ? On peut penser
à Hokusai ou aux naissances
au Japon ? Y a-t-il un rapport avec le petit poucet ?

Dans l’idéal, j’aurais voulu ne pas donner de sexe défini à l’enfant, qu’il soit "l’Enfant" en général. Mais en pratique, cela n’a pas été possible : il fallait bien choisir un prénom pour le désigner. J’ai tenté de trouver un prénom qui, au Japon, soit donné indifféremment aux filles et aux garçons – il y en a quelques uns. Hélas, nous avons dû changer le prénom du petit héros en cours d’écriture. Naoki est clairement masculin - au Japon, en tout cas. Ici, nous n’avons pas les mêmes références et ce prénom, finalement, pourrait être porté par une fille. Quoi qu’il en soit, fille ou garçon, un enfant est un enfant et l’aventure de celui-ci parlera, je l’espère, à tous ! D’autant que les personnages dessinés par Bruno sont pleins de finesse, de souplesse…
Par ailleurs, c’est vrai, le fait qu’Hokusai ait été orphelin m’a confortée dans mon envie d’aborder le thème de la naissance et de l’adoption. Je n’ai pas précisément pensé au Petit Poucet en écrivant cette histoire, mais l’adoption étant parfois la conséquence d’un abandon, les deux thématiques se rejoignent, en effet.

À la fois “La Grande vague” évoque un beau et grand mouvement, et, la progression de votre récit dépend du temps, de la patience des personnages, d’une forme lente sans doute propre
au monde asiatique ancien ?

Oui, je suis une adepte de la lenteur. Et pourtant, je me laisse bien souvent piéger par le rythme effréné de la vie "moderne” ! L’histoire se place dans un Japon ancien qui, bien que contemporain d’Hokusai, renvoie à une certaine intemporalité. On y vit au rythme des saisons ; la terre et la mer nourrissent directement les hommes… Cela permet de centrer l’intérêt du récit sur l’essentiel, à la manière d’un conte traditionnel – d’ailleurs, j’avais déjà écrit un album, Le Village aux mille trésors, qui se situe dans ce contexte.

Votre style semble s’adapter à l’esprit des haikus, au chant avec ses refrains : avez-vous eu
une intention autre que poétique ou cela coulait-il de source, si j’ose dire, avec l’eau ?

Oui, j’ai beaucoup pensé aux haikus - notamment pour écrire ces "refrains"-, souvent sans verbe, qui ponctuent les pages en résumant d’un mot ou deux l’humeur des personnages. J’aime leur brièveté, qui fait toute leur puissance évocatrice. J’ai aussi pensé à une certaine “épure” artistique prisée des Asiatiques : ils n’ont pas peur, dans leurs compositions, de laisser de la place au vide, au blanc, au silence… et à concentrer toute leur expression dans un seul trait. C’est très fort. Par ailleurs, dans la première partie du texte, j’ai tenté d’écrire en suivant le mouvement de la mer, balancement, sac et ressac, infini recommencement… Pour un auteur, ce genre de défi est très excitant !

Avez-vous voulu transmettre des valeurs telles que la confiance en la nature, une forme
de croyance dans les traditions ?

La patience, oui… Et, peut-être, une certaine forme de sagesse. Une acceptation, lucide et humble, de sa propre condition, non pas comme une résignation triste et fataliste, mais plutôt comme un premier pas, indispensable, vers la "résilience". Et, pourquoi pas, une certaine forme de bonheur !

Le récit finit bien : avez-vous des consignes à ce sujet ou est-ce un choix optimiste et adapté aux enfants ?
Je n’ai pas de consigne. C’est un choix personnel. Je suis une grande pessimiste qui se “soigne” par l’écriture, la lecture, l’art, la création… La beauté me console. Côtoyer de grandes œuvres m’a aidée à grandir et à trouver ma place au monde. D’une certaine manière, j’aimerais à mon tour donner cette “chance” - sans vouloir être trop grandiloquente ! - à d’autres enfants. Pour cela, cette collection est une occasion rêvée.

S’il y avait quelque chose à retenir de votre récit, qu’est-ce que ce serait ?
Pour les adultes, la prise de conscience de l’importance terrible, énorme, que peut avoir pour un enfant la question de ses origines, familiales ou culturelles, que celles-ci soient vraies, cachées ou simplement rêvées. Pour les enfants, la prise de conscience de ses propres ressources. Et, pour ceux qui vivent cette interrogation, le fait de savoir qu’ils ne sont pas seuls et que, surtout, c’est une question légitime. Et pour tous, une invitation à "plonger" dans l’art d’Hokusai et la culture asiatique au sens large !

Comment avez-vous appréhendé les images ? Vous ont-elles plu, surprise ?
Que dire des images… sinon qu’elles sont magnifiques ! Elles correspondent exactement à ce dont je rêvais. Certaines illustrent même - sans que Bruno ne l’ait su ! - des idées que j’ai eues sans les retenir finalement, comme la présence de la tortue. C’est que nous sommes sur la même longueur d’ondes, influencés par les mêmes références culturelles, tout simplement ! Bruno Pilorget est, lui aussi, "mordu" d’art asiatique – une influence qui se sent dans tout son travail. Je tenais absolument à ce qu’il soit l’illustrateur de cet album : pour moi, c’était de l’ordre de l’évidence… comme l’idée de citer d’autres oeuvres d’Hokusai, puisque "La Grande vague" n’existe pas seule mais fait partie de la série Trente-six vues du mont Fuji.

JPEG - 93.7 ko

Que diriez-vous de l’album final ?
Je le trouve très réussi. Comme toujours, j’étais inquiète de la qualité d’impression. Pour un album qui veut porter haut les couleurs de l’Art", il faut être esthétiquement irréprochable. Les bleus sont tellement denses et pourtant nuancés… Je suis vraiment ravie du résultat !

Ayant participé à l’écriture des deux albums, avez-vous préféré travailler sur Chagall ou Hokusai ?
Chaque fois, j’ai pu choisir le peintre, l’oeuvre et l’illustrateur.
Que demander de plus ? Ensuite, dans la réalisation, les deux m’ont apporté la même dose d’angoisse… et surtout, de bonheur ! J’espère que les lecteurs y trouveront le leur, dans les deux également !

Que pensez-vous de la collection “Pont des arts” ? Quelle part accordez-vous à la création personnelle entre la contrainte de la collection et celle liée au peintre ?
Cette collection est une formidable ouverture vers les arts plastiques. J’ai tout récemment rencontré des enseignants, qui avaient fait travailler leurs classes autour de Voyage sur un Nuage, ravis d’avoir cet outil-là, pratiquement inépuisable, pour aborder le programme d’histoire des arts. Et le résultat était d’une très grande qualité. Concernant les contraintes, je fais comme pour mes romans, basés, eux, sur des faits historiques réels. Je me constitue d’abord une documentation très solide. Puis, quand celle-ci m’assure un bagage que je juge suffisant, je m’en détache et me lance dans la fiction. Pour moi qui ai fait des études d’histoire de l’art et travaillé des années au musée d’Orsay, cette collection représente l’immense bonheur d’allier deux passions dévorantes : l’art et l’écriture.

:
:
:
 

Les éditions de L’Élan vert bénéficient du soutien de Ciclic-Région Centre dans le cadre de l’aide aux entreprises d’édition imprimée ou numérique.

elan vert